Le travail sur appel : une attente angoissante

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Depuis que j’habite à Québec, j’ai souvent croisé des gens qui me disaient qu’ils Karina, femme-orchestretravaillaient sur appel. Même si je savais de quoi il s’agissait, j’étais loin de me douter de ce que le travail sur appel signifiait exactement.

Aujourd’hui, bien malgré moi, je travaille moi-même sur appel. Et il s’avère que ce n’est que maintenant que je saisis la réalité de cette condition d’emploi. En fait, cette nouvelle réalité que je vis ¾ ou devrais-je plutôt dire que je subis ¾, depuis presque un an, m’angoisse énormément.

En effet, je ne suis pas la seule sur ce bateau. Il y en a qui ont enduré cette situation pendant plusieurs années avant d’obtenir la permanence. Il y en a d’autres qui ont abandonné en cours de route. De toute évidence, il s’agit d’un passage obligé pour l’obtention d’un contrat permanent dans ce domaine de l’enseignement. Cependant, combien de temps encore je vais devoir subir le stress que cette condition de travail m’inflige ? Je me pose souvent la question : est-ce que je continue à ramer dans cette incertitude ou dois-je tout de suite débarquer de ce bateau ? Par contre, j’aime tellement ce que je fais que je ne me vois nulle part ailleurs…

Je ne sais pas si tous ceux qui travaillent sur appel ressentent les mêmes choses que moi, car personne n’en parle vraiment. Il se peut qu’il s’agisse d’une question purement personnelle, étant donné que je suis une personne très organisée et que j’ai besoin de savoir à l’avance ce que je vais faire dans les heures et les jours qui suivront. Or, l’emploi sur appel me bouleverse complètement. Pourquoi ? Eh bien, tout simplement parce que je ne sais jamais quand est-ce qu’on va m’appeler, quand est-ce que je vais travailler, à quel endroit je vais devoir me rendre, à quelle heure, avec quel groupe… Il se peut qu’une semaine on m’appelle une, deux ou trois fois ou pas du tout. Alors, chaque jour, chaque matin, je me prépare à cette éventualité. La veille, j’organise ma journée du lendemain comme n’importe quel autre travailleur. En fait, je prévois toujours avoir des restants de repas, dans le cas où j’aurais à m’apporter un dîner; je m’assure également de toujours avoir des collations santé et, bien évidemment, mon sac de travail est toujours prêt.

Je présume que vous pensez sûrement que cela ne diffère pas vraiment de ce que vous faites jour après jour. En effet. Néanmois, le plus pénible pour moi est que l’on m’appelle réellement à la dernière minute, même après l’heure de début des cours. Par exemple (et ceci est basé sur des faits bien réels et bien concrets), je peux recevoir un appel à 8 h pour commencer à 8 h 30 ou à 8 h 20 pour commencer à 9 h. Jusque-là, on pourrait me dire que ce n’est pas si mal. Par contre, lorsqu’on m’appelle à 8 h 25 alors que le cours commence à 8 h 30 ou à 10 h 30 et que le cours commence à 10 h 40 ou même à 8 h 45 alors que le cours commence à 9 h, je vous assure que mes nerfs sont mis à rude épreuve.

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Bien évidemment, je pourrais aussi refuser, comme plusieurs de mes amies me l’ont suggéré. Toutefois, je sais officieusement que plus on accepte de contrats de remplacement, plus on est susceptible d’être appelé. Il m’est arrivé que la première fois que j’ai été appelée pour un remplacement de dernière minute, j’avais un rendez-vous médical pour mon bébé qu’il m’était impossible d’annuler. Cependant, j’ai eu beau expliquer la situation, cet appel a été le premier et le dernier durant quatre ans. Quatre ans à attendre qu’on m’appelle ! Vous imaginez ? Par conséquent, lorsque j’ai eu un appel il y a environ un an, j’ai dit « oui », sans même réfléchir à tout ce que j’avais planifié de faire cette journée-là et que je devrais annuler ou reporter ou reprendre.

Pour tout dire, vous imaginez que je ne peux certainement pas passer ma vie à attendre les bras croisés que le téléphone sonne. Cette attente, cette ignorance complète du déroulement de ma journée de travail m’angoisse, me stresse et épuise complètement mon énergie. Je suis toujours nerveuse à l’idée qu’on m’appelle lorsque j’ai déjà planifié quelque chose que je ne peux absolument pas changer. Je sursaute chaque fois qu’un téléphone sonne. Établir un budget avec une si grande incertitude devient un vrai tour de magie.

Toutefois, grâce à mon optimisme et à ma pensée positive qui m’inspirent dans la vie de tous les jours, lorsque je me sens aux prises avec cette situation déstabilisatrice, je sors toute ma batterie de maximes positives qui m’aident à retrouver mon équilibre mental naturel, du moins jusqu’au lendemain matin.

Bref, d’après les dernières statistiques du ministère du Travail au sujet du travail sur appel, aussi appelé travail fractionné, datant de 2006 (malheureusement, il n’y en a pas de plus récentes), 5,2 % des salariés au Québec serait touché par cette condition de travail. Est-ce que c’est aussi votre cas ? Avez-vous déjà travaillé sur appel ou travaillez-vous actuellement ainsi ? Cette condition de travail vous affectait-elle ? Ou étiez-vous plutôt à l’aise de travailler ainsi ? Je vous encourage à partager avec moi vos impressions ou votre vécu concernant le travail sur appel, car le fait d’en parler avec d’autres ayant partagé la même expérience peut certainement nous aider à y faire face différemment.

 

 

À propos de Karina Satriano

Des tranches de vie d’une famille bien héréroclite, des anecdotes sur notre immigration, des trucs pour l’organisation et des témoignages de partage. Tout en un !

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