Un Noël blanc

fotoyoPourquoi accorde-t-on autant d’importance à l’hiver québécois ? Pourquoi le thème de l’hiver occupe une place prépondérante dans toutes les conversations ? Pourquoi est-ce un point si névralgique ? Probablement à cause de son approche imminente; parce qu’il est long — vous me direz sûrement trop long —, parce qu’il fait froid — ou extrêmement froid —; parce qu’il neige beaucoup; parce qu’il vente; parce qu’il y a du verglas; parce qu’il gèle et que les déplacements deviennent plus difficiles; parce que les habitudes de vie changent complètement. On me fait souvent des commentaires du genre : « L’hiver doit être difficile pour vous », « Vous devez vous ennuyer de la chaleur de chez vous ». On m’a même dit qu’un jour je ne supporterai plus la neige, que la lune de miel ne durerait pas longtemps et que je finirai pas en avoir assez de l’hiver et de tous ses accessoires ! À vrai dire, ces paroles m’ont tellement marquée que, depuis 13 hivers déjà, j’attends toujours que cela m’arrive, mais en vain, car j’adore l’hiver québécois !

hiver québécois 4

karinafemmeorchestre

Pour ceux et celles qui ne le savent pas, l’hiver à Buenos Aires, ma ville natale, n’est pas du tout attrayant. C’est horriblement humide, froid, pluvieux, gris. Rien de plus maussade, je vous l’assure ! Il peut pleuvoir une semaine au complet, des flaques d’eau — ou devrais-je dire des lacs — se forment partout et il devient presque impossible de les contourner. Évidemment, comme la politesse est de mise dans mon pays, on se fait éclabousser de partout par les gentils conducteurs qui ne voient que le bout de leur nez. Je récapitule : 100 % d’humidité tous les jours (pour vous donner une idée plus précise, 8 ºC l’hiver à Buenos Aires avec 100 % d’humidité équivaut au froid qu’on ressent à Québec à 10 ºC en dessous de zéro); comme les maisons sont en briques et en ciment, même avec le chauffage on a froid à l’intérieur et on doit presque s’habiller autant que pour sortir; les jours sont plutôt gris; les arbres sont dénudés de leur feuillage, mais, contrairement à Québec, il n’y pas à Buenos Aires des conifères qui verdissent la ville. Bref, le paysage est plutôt terne. En fin de compte, si vous réussissez à le visualiser, vous comprendrez que l’hiver de Buenos Aires n’a absolument rien de plaisant, rien de quoi s’ennuyer.

hiver québécois

karinafemmeorchestre

Quand j’étais petite et que je regardais des films de Noël qui se déroulaient dans des paysages enneigés, les gens portant de chauds habits d’hiver, les familles assises devant un bon feu buvant un réconfortant chocolat chaud, les beaux chants de Noël, je rêvais de passer de pareils Noëls. J’ai dû regarder trop de films de Noël et, peut-être, trop visualiser cette situation, car me voilà à Québec ! Alors que je caressais ce rêve depuis mon enfance, c’était en décembre 2003, qu’il allait enfin, pour la première fois de ma vie, devenir une réalité. Toutefois, le 24 décembre, tout était, fâcheusement, encore trop vert. Même s’il avait neigé quelques fois, la neige n’était pas restée. Qui l’aurait cru possible ? Et moi qui avais attendu un Noël blanc depuis de si nombreuses années… En toute sincérité, — et j’espère que vous ne m’en voudrez pas après ce que je vais vous dire —, je dois vous avouer que, cette nuit là, à la messe, j’ai prié Dieu pour qu’il neige ! Et bien, croyez-le ou pas, en ouvrant la porte de l’église de Sainte-Odile, quel ne fut mon bonheur en voyant de gros flocons tomber du ciel ! J’étais aux anges : ma demande avait été écoutée et mon rêve s’était enfin réalisé !

hiver québécois 2

karinafemmeorchestre

hiver québécois 5

karinafemmeorchestre

Par ailleurs, je suis fermement convaincue que la question de l’hiver n’est qu’une question d’optique, de point de vue, de perspective. Par exemple, quand nous avons décidé d’émigrer au Québec, et plus précisément à Québec, notre but était clair. Nous cherchions une meilleure qualité de vie, un avenir heureux pour nous et pour nos enfants. La question de l’hiver était le dernier de nos soucis, voire même inexistante après tout ce que nous avions vécu dans notre pays, après les difficultés à notre arrivée au Québec. Disons que pour nous, l’hiver constitue un élément très agréable de ce beau pays, de cette belle ville de Québec. Nous avons toujours hâte aux premières neiges, aux tempêtes d’hiver — encore plus maintenant que mon mari ne fait plus de déneigement —, aux jeux dans la neige, à nos marches dans les sentiers en montagne ou en forêt. J’adore la sensation de me sentir dépaysée après la première neige, car je perds complètement tous mes repères. J’ai l’impression d’avoir déménagé, tout en restant sur place. C’est comme voyager dans un autre pays, sans avoir à se déplacer. Toutes les habitudes de vie changent également. Donc pas de place à la monotonie, à la répétitivité, à l’ennui. Il y a des gens qui habitent dans des pays où il fait chaud été comme hiver, et qui se plaignent parce qu’ils font toujours la même chose à longueur d’année… Alors qu’au Québec, l’hiver, il existe tout un éventail d’activités à notre portée telles que skier, patiner, glisser, se promener en traîneau à chiens, aller au Carnaval ou à la cabane à sucre, faire de la motoneige, vivre l’expérience d’une nuit dans un igloo, faire de la pêche blanche, prendre des bains de neige, aller dans des spas nordiques, etc. Avez-vous remarqué comment l’hiver est lumineux lorsque tout est enneigé ? Il fait si clair dehors que je dois mettre mes lunettes de soleil pour conduire tellement c’est éblouissant ! Et que dire de toutes les différentes sortes de neige ! Je suis à chaque fois profondément émerveillée, complètement enivrée en regardant neiger. Avez-vous constaté comment c’est féerique et apaisant ? C’est un incontournable remède anti-stress. Avez-vous aussi noté comment tout est luisant après une pluie verglaçante ? Le paysage est complètement cristallisé ! Avez-vous observé que la neige ne tombe pas toujours de la même façon et que les flocons n’ont pas tous la même forme ? Et que c’est beau lorsqu’ils sont emportés par le vent ! Ou lorsqu’ils tombent au ralenti comme s’ils étaient en suspension ! Et avez-vous remarqué le bruit que la neige fait sous vos bottes ? Ce crissement qui fait « critch, critch » ? Je m’amuse tellement à faire crisser la neige lorsque je dois attendre dehors et que j’ai de la neige sous mes chaussures !

hiver québécois 3

karinafemmeorchestre

Bref, comme vous le remarquerez sûrement, l’hiver, la neige ainsi que tous ses attributs ne cessent de me fasciner chaque année. Je suis loin d’être désenchantée ! Pour tous ceux et toutes celles qui sont loin de partager ma vision de l’hiver, voici le défi que je vous propose: chaque fois que vous aurez l’intention de vous plaindre de la température, de la neige ou de tout ce qui s’y rattache, pensez à tous ceux qui souffrent de maladies graves, incurables ou même mortelles, tous ceux qui vivent plongés dans la peur des bombardements quotidiens, tous ceux qui sont persécutés, opprimés, tyrannisés; songez à tous les endroits susceptibles de subir des tornades, des ouragans, des tremblements de terre, des tsunamis, des inondations, des sècheresses, etc., à tous ceux — surtout des enfants — qui meurent de faim, de froid; pensez à tous ces gens qui donneraient n’importe quoi pour avoir la chance de vivre dans un pays tel que le Canada et qui seraient prêts à surmonter n’importe quel obstacle afin de pouvoir vivre en paix peu importe la saison de l’année. Grâce à ce changement de perspective, vous pourriez, dorénavant, voir l’hiver sous un angle plus positif, ce qui sera également plus favorable à votre bien-être autant physique que psychologique. Essayez-le et donnez-m’en des nouvelles !

À propos de Karina Satriano

Des tranches de vie d'une famille bien héréroclite, des anecdotes sur notre immigration, des trucs pour l'organisation et des témoignages de partage. Tout en un !
Ce contenu a été publié dans Immigration, avec comme mot(s)-clé(s) , , , , . Vous pouvez le mettre en favoris avec ce permalien.

Une réponse à Un Noël blanc

  1. Delphine dit :

    Bonjour Karina et merci mille fois pour ce joli texte qui m’aidera très certainement à voir mon troisième hiver à Québec différemment 🙂 Et oui, quelle chance nous avons de vivre ici! Félicitations pour ton blog et passe de belles fêtes! Espérons le beau Noël blanc!
    Ta collègue, venue elle aussi d’un pays aux hivers pluvieux…

Laisser un commentaire