Les amis de l’immigration, notre famille élargie

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Ceux et celles qui sont loin de leur famille et de leurs amis le savent très bien. Comme je l’ai mentionné dans mon billet Les deuils de l’immigration, parmi les nombreux deuils que nous devons vivre en tant qu’immigrants, il y a celui des amis que nous laissons derrière nous, ou plutôt loin de nous.

Karina, femme-orchestreÉvidemment, aujourd’hui, grâce aux nouvelles technologies, on reste toujours en contact, même à distance. Cependant, ce n’est pas seulement l’éloignement qui risque des fois de faire ternir, voire éteindre cette amitié, mais également le décalage horaire, l’écart culturel, le changement du rythme et des habitudes de vie, même des horaires. Quand on émigre à l’autre bout du continent, de l’autre côté de la ligne de l’Équateur, il arrive que l’année scolaire n’est plus la même, les vacances ne tombent plus jamais à la même date, les jours fériés sont complètement différents, même la Fête des Mères est fêtée à un tout autre moment de l’année !

 

En conséquence, pour subvenir à ce besoin fondamental qu’est celui de l’amitié, en tant qu’immigrants, nous devons nous reconstruire un tout nouveau réseau d’amis dans un nouveau pays, avec des personnes d’une autre culture — des fois bien différente de la nôtre en ce qui concerne les liens amicaux — et, en plus, dans une langue autre que notre langue maternelle. Plus facile à dire qu’à faire, je vous l’avoue. Bien que ce défi ne soit pas impossible, nous avons beau avoir la meilleure bonne volonté du monde, être des personnes ultrasociables, profiter de chaque bonne occasion pour socialiser, se faire de nouveaux amis est une épreuve qui est loin d’être gagnée d’avance.

 

On choisit ses amis

On dit souvent que l’on ne choisit pas sa famille, alors que l’on choisit ses amis ; on dit aussi que les amis, c’est la famille que l’on a choisie. En effet, je trouve que ces affirmations s’avèrent tout à fait exactes, du moins d’après mon humble point de vue et d’après mon expérience. Pourtant, est-ce si facile de choisir ses amis ? Et bien, sincèrement, j’en doute fort. On ne parcourt pas les rues en pointant du doigt ceux ou celles que l’on voudrait comme amis ou amies. Les amis potentiels ne se déplacent pas dans les rues avec une pancarte sur laquelle il est inscrit : « Je veux être ton ami » ou « Ami disponible ». Le lien réciproque de l’amitié implique plutôt un sentiment précieux éprouvé par deux individus, une espèce de courant invisible qui passe entre deux personnes et qui les attire l’une vers l’autre avec sympathie et affection. Bien que ce processus puisse paraître si simple, il ne l’est pas.

 

Nos amis de l’immigration

Quand nous sommes arrivés au Québec, nous nous sentions terriblement seuls. À l’instar de Tom Hanks dans le film Seul au monde, qui a eu besoin de se créer un ami, son cher compagnon Wilson, à qui confier ses malheurs, sa détresse et ses sentiments, nous avions nous aussi besoin d’amis avec qui partager nos nouvelles expériences de vie. Heureusement que nous avons rencontré Imelda et Roger, dont je vous ai déjà parlé dans mon billet intitulé Nos anges gardiens, qui sont non seulement devenus nos anges gardiens, nos guides, nos protecteurs, mais également, et malgré le grand écart d’âge, nos premiers amis québécois. Par la suite, grâce à notre esprit de sociabilité, nous nous sommes liés d’amitié avec un couple de québécois, mais surtout avec un grand nombre d’immigrants des plus diverses origines tels des Colombiens, des Mexicains, des Uruguayens, des Espagnols, des Chiliens, des Français et, bien évidemment, des Argentins. Toute une richesse culturelle que nous sommes heureux de pouvoir partager !

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Un réseau d’entraide

Bien que notre origine ne constitue pas toujours notre lien commun, il y a quelque chose qui nous unit tous, et c’est bien le fait d’être des immigrants dans cette terre d’accueil. Ce nouveau réseau d’amis constitue, en quelque sorte, notre deuxième famille, une espèce de famille élargie avec qui nous partageons toutes sortes d’événements : les anniversaires, les fêtes de Noël et du Nouvel An, les grossesses, les naissances, les sacrements de nos enfants, les différents événements que nous organisons tels des conférences, des cafés-partage, des fêtes comme celle de la Journée internationale de la Femme, des activités communautaires, des rencontres entre hispanophones, parmi tant et tant d’autres. Naturellement, ce n’est surtout pas l’entraide qui manque parmi nous. Nous sommes telle une chaîne d’amour que nous nous prodiguons les uns aux autres. Lorsque nous étions dans notre pays d’origine et que nous avions besoin d’aide, à qui pensez-vous que l’on recourait ? Bien évidemment, nous faisions appel à quelqu’un de notre famille, soit notre mère, notre père, une tante, un oncle, un cousin ou une cousine, une sœur ou un frère ou même nos grands-parents. Il y avait toujours quelqu’un de la famille de bien disposé à nous donner un coup de main en prenant soin de nos enfants lorsqu’il nous était impossible de le faire nous-mêmes. En fin de compte, ce cercle d’amis de l’immigration représente, en quelque sorte, cette famille qui se trouve maintenant loin de nous. Après tout, nous nous occupons d’organiser les baby shower de nos amies enceintes ; nous accompagnons nos amis lors des différents deuils aux travers desquels ils sont obligés de passer ; nous nous entraidons lors des déménagements ou lorsqu’il s’agit de garder les enfants ; nous nous aidons aussi pour la recherche d’un emploi. Vous savez, il m’est déjà arrivé d’avoir une formation très importante pour mon développement professionnel, donc impossible de reporter ou de refuser. En plus, j’allaitais encore mon tout dernier petit chou qui ne fréquentait même pas de garderie. Toutefois, pour mon plus grand bonheur, plusieurs amies se sont organisées afin de m’aider. Non seulement elles ont pris soin de mon bébé, mais elles me l’amenaient pendant les pauses pour que je puisse l’allaiter. Ce fut un geste extraordinaire, désintéressé et rempli de générosité, qui restera pour toujours gravé dans mon cœur !

 

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À d’autres reprises, ces amis de l’immigration nous ont conduit à l’aéroport ou chez le médecin ; chaque année, nous nous organisons pour nous entraider à monter et à démonter les abris d’auto ; nous nous consultons lorsque nous devons faire le choix d’un véhicule ; ou même pour la réparation d’une souffleuse ! C’est sûr que dans notre ville d’origine, ou même dans le pays d’origine de la plupart des nouveaux arrivants, on ne connaît pas ce que c’est qu’une souffleuse. Il se peut qu’ils connaissent l’objet en question, mais de là à connaître son fonctionnement, c’est une autre histoire. D’où l’importance de ce nouveau cercle d’amis qui partage, comme nous, les mêmes habitudes de vie telles le déneigement. L’hiver dernier, par exemple, j’ai été surprise en voyant mon mari expliquer à un ami, par FaceTime, comment il devait faire pour réparer sa souffleuse ! Croyez-moi, je n’en revenais pas !

Lorsque nous nous réunissons, nos sujets de conversation peuvent être des plus variés, autant sérieux qu’amusants, autant à propos de nos souvenirs d’enfance que des différents éléments de notre culture lesquels nous rapprochent ou nous distinguent comme la musique, la danse, les mets, les traditions, les fêtes, les origines de la population, les termes et expressions. Au bout du compte, il s’agit bien de notre identité !

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Plusieurs personnes me demandent souvent si je connaissais tous ces amis avant d’immigrer. En fait, non, je les ai tous rencontrés ici, dans cette magnifique terre d’accueil. Certains sont des collègues de travail, d’autres partagent des activités communes telles des activités sportives, culturelles ou scolaires avec nos enfants. Toutes les raisons sont bonnes pour nous réunir, bavarder, échanger nos points de vue, nos expériences — autant les bonnes que les moins bonnes —, faire en sorte que nos enfants puissent rencontrer d’autres enfants qui parlent aussi leur même langue maternelle afin qu’ils ne se sentent pas si différents ou dépaysés, passer un bon moment en bonne compagnie et pourquoi pas autour d’un bon mate argentin nous permettant de resserrer encore plus les liens qui nous unissent.

 

Malheureusement, il arrive des fois que, pour différentes raisons de la vie, ces amis retournent dans leur pays d’origine. Il y en a qui partent vers de nouveaux horizons toujours en quête de meilleures opportunités. Il y en a qui sont venus temporairement pour des études postuniversitaires ou des projets de recherche et repartent une fois ces études ou ces projets terminés. Hélas, on n’y peut rien ! Par contre, les liens d’amitié établis dépassent toutes les frontières, de sorte qu’une fois que le courant de l’amitié passe et nous ficelle, nous devenons inséparables peu importe la distance qui nous éloigne.

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Une amitié au-delà du temps et de l’espace

Vous allez sûrement vous reconnaître dans ce que je vais vous raconter, car il s’agit d’un phénomène très commun quand il est question d’une vraie amitié. Vous est-il déjà arrivé de vous perdre de vue avec quelqu’un, de vous retrouver plusieurs années plus tard et, qu’entre vous, tout se passe comme si c’était hier que vous vous étiez vus pour la dernière fois ? Incroyable, n’est-ce pas ? Je vous assure que lorsqu’on renoue le contact avec quelqu’un que l’on n’avait plus revu depuis 9, 10 et même 14 ans et que la relation reprend comme si on ne s’était jamais perdu de vue constitue une expérience inouïe qui frôle le surnaturel ! Aussi, cela m’est arrivé à plus d’une reprise et la sensation ressentie est presque inexplicable, mais tellement agréable ! Attention, bien que je vous parle d’éloignement dans une relation d’amitié, je ne fais pas mention de dispute ni de rupture, mais tout simplement d’une distance que l’on prend pour différentes raisons de la vie soit une vraie distance physique, soit un tout autre rythme de vie ou les deux simultanément. Des fois, il est même impossible d’identifier la cause d’une telle séparation.

 

En définitive, ces amis de l’immigration sont devenus cette famille que nous n’avons plus auprès de nous. Ils représentent notre nouvelle famille élargie, comme j’aime les appeler, car ils sont toujours prêts à nous épauler, à nous soutenir, à nous accompagner dans les bons et les moins bons moments de notre vie, à nous prêter main-forte si nécessaire sans rien nous demander en retour, sans exigences ni prétentions. Bref, comme une vraie famille ! Nous savons que nous pouvons compter sur eux de la même façon qu’ils peuvent compter sur nous. Nous sommes unis par des liens qui vont au-delà de toute origine, de toute race, de toute religion. Des liens qui sont, certaines fois, même plus forts et plus véritables que les propres liens du sang. Je tiens donc à remercier tous ces amis de l’immigration du fond de mon cœur en leur témoignant, grâce à ce texte, toute ma gratitude et mon amour, puisque notre vie dans cette terre d’accueil ne serait pas la même sans eux. Merci de tout mon cœur !

 

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Et, comme je dis toujours : « L’amitié est comme une fleur, si on ne l’arrose pas, elle meure ». Voilà donc ce que je fais chaque journée de ma vie : j’arrose chacune des fleurs de mon beau jardin fleuri. À vous maintenant de bien arroser les vôtres !

Et maintenant, pour tous ceux qui voudraient écouter le texte au lieu de le lire, voici l’enregistrement audio. Bonne écoute !

À propos de Karina Satriano

Des tranches de vie d'une famille bien héréroclite, des anecdotes sur notre immigration, des trucs pour l'organisation et des témoignages de partage. Tout en un !
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2 réponses à Les amis de l’immigration, notre famille élargie

  1. Tony dit :

    Muy lindo texto sobre la amistad mi amor.

  2. :-) dit :

    J’appelle mes vrais amis « ma famille de cœur » et retrouver une famille de cœur dans un pays d’adoption est en effet essentiel au sentiment d’appartenance. Merci Karina

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